Contexte


Le contexte : un besoin de recherche et de valorisation du biome forestier tempéré

Les forêts tempérées : un biome habité et particulièrement altéré

L’écosystème de la forêt tempérée, de par sa localisation et sa nature, est un témoin caractéristique des conséquences amenées par une forte présence humaine. Depuis des millénaires en Europe, et depuis plusieurs siècles en Amérique du Nord, l’écosystème forestier tempéré a été habité et par conséquent altéré par l’activité humaine. Le climat agréable au développement des civilisations et la richesse des sols, facilement convertibles vers une agriculture soutenue, ne sont pas des facteurs étrangers à l’énorme pression qu’a subie cet écosystème.
Berceau de populations soutenant un fort développement, les forêts tempérées ont cédé des superficies phénoménales au développement agricole et urbain. Aujourd’hui, cet écosystème doit faire face à l’héritage de cette cohabitation qui se décline sous la forme de problématiques globales telles que sa surexploitation, son rajeunissement, la fragmentation de sa matrice, la perte de sa biodiversité ou encore les dépôts atmosphériques polluants venant des activités industrielles et agricoles avoisinantes. 
Et malgré la proximité de cet écosystème avec les populations humaines, son fonctionnement, ses apports (services) ainsi que les impacts nos activités sur lui sont encore bien mal connus et nous empêchent de faire les meilleurs choix quant à son aménagement.
 
 

Les fonctions de l’écosystème sont autant de services pour la société humaine

L’approche fonctionnelle des services rendus par un écosystème permet de mieux les concevoir, mais elle permet aussi surtout de les quantifier et de les étudier1. En effet, à l’échelle de l’écosystème, on peut observer et quantifier des fonctions (ou processus) telles que l’Accumulation de biomasse, la compétition entre espèce, la chaine trophique ou la constitution d’un sol. Au niveau de la communauté humaine, certaines combinaisons entre ces fonctions se traduisent en services tels que l’apport de bois d’œuvre pour l’industrie, la filtration de l’eau ou de l’air, le récréotourisme, ou la régulation du climat (fixation du CO2, cycle de l’eau).

C’est malheureusement trop souvent au moment de la perte d’un de ces services que l’on peut en mesurer la valeur. Un exemple extrême serait la récolte complète des arbres sur un bassin versant. Si d’un côté l’apport en bois d’œuvre sera comblé, il est important de tenir compte de la perte d’autres services comme le récréotouristime et le lessivage des sols qui amènerait à l’eutrophisation des ruisseaux et lacs. En considérant les coûts associés à la perte de ces services, le bénéfice de la coupe ne sont donc plus du tout les mêmes. Il est important de comprendre qu’une forêt sur pied et en santé possède aussi une grande valeur pour la société humaine.
 

Pas de développement durable pour la forêt tempérée sans reconnaissance de toutes ces fonctions

À l’aube du troisième millénaire, le concept de développement durable s’est universellement imposé comme le cadre au sein duquel les problématiques des forêts tempérées trouveraient leurs solutions. Cependant, en établissant sa définition2; « un développement qui répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures de répondre aux leurs », le concept de développement durable rendait nécessaire une meilleure compréhension des fonctions et services que rendaient les forêts afin de garantir leur intégrité et leur pérennité. Parmi ces fonctions, on retrouve les trois piliers généralement décrit comme les services économiques, les services écologiques et les services socioculturels3.
 
Si les services économiques (coupe de bois d’œuvre, pâte à papier, récréo-tourisme) rendus par la forêt sont les mieux définis (car ils sont depuis longtemps quantifiables monétairement), les services socioculturels et écologiques ainsi que les fonctions qui sont à leur base sont encore mal connus. Les services socioculturels des écosystèmes forestiers représentent un champ d’étude à part entière, se trouvant à la frontière de l’écologie avec la sociologie et l’anthropologie. Souvent associé à la pérennité de la culture de la population qui l’habite, le service social des forêts est emblématique. La forêt apparait dans les contes, l’art et l’histoire de l’humanité et détient une place centrale dans le développement spirituel de nombreuses communautés ce qui la rend parfois indispensable à la survie de ces communautés4. En ce qui concerne les services écologiques, ceux-ci sont plus en lien avec l’influence que l’écosystème forestier a sur la qualité de l’environnement (p.ex. sur la régulation du climat, du cycle de l’eau, du cycle du carbone ou la formation des sols).
À travers Capital Nature, ce sont ces services écologiques et socioculturels (et les fonctions qui en sont la base) que nous proposons de mieux comprendre et quantifier pour l’écosystème de la forêt tempérée. Nous visons, en effet, à fournir les outils nécessaires aux décideurs politiques pour pouvoir prendre en compte ces attributs cruciaux de la forêt dans la prise de décision de son aménagement. Car en effet, comment atteindre un développement durable au sein de nos sociétés et de notre écosystème si une partie de ces fonctions est méconnue ou impossible à relativiser?
 

Références :
1 : Garnier & Navas. 2013. Chapitre 7: Diversité fonctionnelle et services des écosystèmes : Dans Diversité fonctionnelle des plantes. Ed. de boeck. pp 221-240 (lien)
2 : Définition du développement durable selon le Ministère de l’Environnement du Québec (lien)
3 : Lindberg, Furze, Staff & Balck. 1997. Ecotourism and other services derived from forest in the Asia-Pacific region. Forest service USDA – FAO Forest Policy and Planning Division, Rome, Italy. (lien)
4 : Huybens & Tchamba. 2012. Culture et spiritualité : la forêt écosystème culturel et symbolique. Dans : Les services culturels, sociaux et spirituels de la forêt. Rio+20 Conférence des Nation Unies sur le développement durable. Chapitre 2. UQAC-IEPF. (lien)